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Recouvrement et litiges

Mise en demeure de payer : modèle, délais et effets

Mis à jour le · 10 min de lecture · Par l'équipe éditoriale ProJuriste

L'essentiel

Une mise en demeure de payer est la lettre par laquelle vous exigez formellement de votre débiteur qu'il règle une somme due, dans un délai que vous fixez (8 à 15 jours en pratique). Elle fait courir les intérêts au taux légal, 6,84 % ou 2,75 % au 15 octobre 2026 selon votre qualité (article 1344-1 du Code civil), mais n'interrompt pas la prescription.

  • Une simple lettre suffit si elle contient une interpellation claire ; le recommandé avec avis de réception sert à prouver l'envoi et la date.
  • Elle fait courir les intérêts moratoires au taux légal sans avoir à prouver de préjudice (C. civ., art. 1344-1).
  • Taux légal du 2nd semestre 2026 : 6,84 % si le créancier est un particulier, 2,75 % dans les autres cas.
  • Elle n'interrompt pas la prescription : seuls une demande en justice ou une reconnaissance écrite du débiteur le font.
  • Entre professionnels, pénalités de retard et indemnité de 40 € par facture sont dues sans rappel (C. com., art. L441-10 et D441-5).
  • Sans paiement dans le délai, l'étape suivante est en général la requête en injonction de payer.

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Mise en demeure de payer

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Sommaire
  1. Qu'est-ce qu'une mise en demeure de payer ?
  2. Ce que la mise en demeure change, et ce qu'elle ne change pas
  3. Quel délai accorder et quels intérêts réclamer
  4. Les étapes pour envoyer une mise en demeure de payer
  5. Modèle de mise en demeure de payer : le contenu indispensable
  6. Les erreurs qui font perdre du temps (ou de l'argent)
  7. Combien coûte une mise en demeure ?
  8. Après la mise en demeure : paiement, silence ou contestation

Qu'est-ce qu'une mise en demeure de payer ?

La mise en demeure de payer est l'acte par lequel un créancier somme son débiteur de régler une somme d'argent exigible, en lui fixant un délai et en l'avertissant des suites. Le Code civil la définit simplement : le débiteur est mis en demeure « par une sommation ou un acte portant interpellation suffisante » (article 1344 du Code civil).

Concrètement, c'est une lettre. Elle n'a pas besoin d'être envoyée par un commissaire de justice ni rédigée par un avocat. Ce qui compte, c'est son contenu : une relance aimable (« pourriez-vous régulariser ? ») n'est pas une mise en demeure. Il faut une exigence nette, un montant, un délai et la mention des conséquences.

Elle vaut pour toute dette d'argent échue : facture de vente ou de prestation, loyers, somme prêtée à un proche, acompte non remboursé, dépôt de garantie conservé à tort. Pour une obligation autre que payer (livrer, réparer, restituer un objet), on utilise la mise en demeure d'exécuter une obligation.

Ce que la mise en demeure change, et ce qu'elle ne change pas

On envoie cette lettre pour trois raisons très concrètes :

  • Les intérêts commencent à courir. La mise en demeure « fait courir l'intérêt moratoire, au taux légal, sans que le créancier soit tenu de justifier d'un préjudice » (art. 1344-1 du Code civil ; voir aussi l'art. 1231-6).
  • Les pénalités contractuelles deviennent exigibles. Si votre contrat ou vos conditions générales prévoient une clause pénale, elle n'est en principe encourue qu'après mise en demeure.
  • Vous constituez votre dossier. Le juge saisi d'une injonction de payer veut voir que vous avez réclamé votre dû avant de l'appeler à l'aide. La lettre et son avis de réception seront vos premières pièces.

Attention

La mise en demeure n'interrompt pas la prescription. Seules la reconnaissance de la dette par le débiteur (art. 2240 du Code civil) et la demande en justice (art. 2241) remettent le compteur à zéro. Une facture adressée à un particulier se prescrit par 2 ans (art. L218-2 du Code de la consommation) ; la plupart des autres créances par 5 ans (art. 2224 du Code civil).

Elle ne constitue pas non plus un titre exécutoire : vous ne pouvez pas faire saisir un compte bancaire sur la base de votre lettre. Pour cela, il faut une décision de justice ou un titre équivalent.

Quel délai accorder et quels intérêts réclamer

La loi n'impose aucun délai minimum. L'usage est de 8 jours pour une facture déjà relancée, 15 jours pour un particulier de bonne foi, 30 jours si vous voulez surtout garder la relation. Un délai de 24 ou 48 heures fait mauvais effet devant un juge et peut être jugé agressif face à un consommateur. Le délai court à compter de la réception de la lettre, pas de son envoi : comptez 2 à 3 jours d'acheminement.

Le taux de l'intérêt légal au 15 octobre 2026

Le taux applicable dépend de votre qualité de créancier, pas de celle du débiteur. Il est révisé chaque semestre.

PériodeCréancier particulier (hors besoins professionnels)Tous les autres créanciers
1er semestre 20266,67 %2,62 %
2nd semestre 2026 (1er juillet - 31 décembre)6,84 %2,75 %

Exemple. Vous avez prêté 2 000 € à un ancien collègue, qui devait rembourser en juin. Votre mise en demeure est reçue le 1er octobre 2026. S'il paie le 30 décembre, soit 90 jours plus tard, il vous doit en plus 2 000 × 6,84 % × 90 / 365 = 33,73 € d'intérêts. Modeste, mais le compteur tourne et le débiteur le sait.

Entre professionnels : des pénalités dues sans rappel

Quand le créancier et le débiteur sont tous deux professionnels, les pénalités de retard prévues sur la facture sont « exigibles sans qu'un rappel soit nécessaire », dès le lendemain de l'échéance. Leur taux ne peut être inférieur à trois fois le taux légal ; à défaut de taux stipulé, c'est le taux de refinancement de la BCE majoré de 10 points, soit 12,40 % au 2nd semestre 2026 (art. L441-10 du Code de commerce). S'y ajoute une indemnité forfaitaire de 40 € par facture (art. D441-5).

Exemple. Une facture de 4 800 € TTC payée avec 30 jours de retard, sans taux sur la facture : 4 800 × 12,40 % × 30 / 365 = 48,92 € de pénalités, plus 40 € d'indemnité, soit 88,92 €. La mise en demeure ne crée pas ces sommes, elle les rappelle.

Les étapes pour envoyer une mise en demeure de payer

  1. Vérifiez que la dette est exigible. La date d'échéance est passée, le montant est clair, vous avez le contrat, le devis signé ou la facture.
  2. Vérifiez l'identité et la situation du débiteur. Adresse actuelle, nom exact de la société et SIREN sur l'annuaire des entreprises. Si l'entreprise est en redressement ou en liquidation, ne lui écrivez pas : déclarez votre créance au mandataire judiciaire dans les 2 mois de la publication au BODACC.
  3. Établissez le décompte. Facture par facture : montant TTC, acomptes reçus, solde.
  4. Rédigez la lettre avec les mentions décrites plus bas, datez-la et signez-la.
  5. Envoyez-la en recommandé avec avis de réception (7,56 € en tarif de base au 1er janvier 2026) ou par lettre recommandée électronique qualifiée, avec une copie par e-mail.
  6. Notez la date de fin du délai et préparez la suite si rien ne se passe.

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Le conseil de l’expert

Le recommandé revient avec la mention « pli avisé et non réclamé » ? Conservez-le fermé et joignez-le à votre dossier : il prouve que la lettre a été présentée à la bonne adresse. Doublez systématiquement l'envoi d'un e-mail ou d'un SMS : un débiteur qui « n'a jamais rien reçu » perd vite cet argument devant le juge.

Modèle de mise en demeure de payer : le contenu indispensable

Une lettre efficace tient sur une page. Elle doit permettre à un juge, qui la lira peut-être un an plus tard, de comprendre la créance sans autre explication. Voici ce qu'elle doit contenir :

  • l'identité complète du créancier et du débiteur (raison sociale et SIREN pour une société) ;
  • l'origine de la dette : facture n°, contrat ou devis, date d'exigibilité, relances déjà faites ;
  • le décompte ligne par ligne et le total restant dû, en chiffres et en lettres ;
  • la formule explicite : « je vous mets en demeure de me régler la somme de… dans un délai de… jours à compter de la réception de la présente » ;
  • le rappel des intérêts au taux légal et, entre professionnels, des pénalités et de l'indemnité de 40 € ;
  • l'annonce de la suite : saisine du tribunal, notamment par une requête en injonction de payer ;
  • le mode d'envoi, la date et la signature.

Le modèle de mise en demeure de payer de ProJuriste assemble ces mentions à partir de vos réponses. Il adapte le texte à l'origine de la dette (facture, prêt, loyers), ajoute les pénalités professionnelles seulement si les deux parties sont des entreprises, et bloque l'envoi si le débiteur est en procédure collective.

Ce que la lettre ne doit pas contenir : des « frais de dossier » réclamés à un particulier (interdits sans titre exécutoire par l'article L111-8 du Code des procédures civiles d'exécution), l'indemnité de 40 € face à un consommateur, la menace d'une plainte pénale pour une simple dette, ou une mise en page imitant un acte de commissaire de justice.

Les erreurs qui font perdre du temps (ou de l'argent)

  • Croire que la lettre protège de la prescription. C'est l'erreur la plus coûteuse. Une facture de 3 000 € due par un particulier depuis novembre 2024 sera prescrite en novembre 2026, mise en demeure ou pas. Si l'échéance approche, obtenez une reconnaissance de dette signée ou saisissez le juge.
  • Appliquer le mauvais taux. Une société qui réclame 6,84 % à un client particulier se trompe : c'est 2,75 %, car elle n'est pas un créancier particulier.
  • Écrire à la mauvaise entité. La facture a été émise au nom de la SARL, mais la lettre part au nom du gérant. Le débiteur juridique, c'est la société.
  • Mélanger plusieurs dettes de nature différente (loyers et travaux, par exemple) dans un seul total : séparez les décomptes.
  • Se contenter d'une mise en demeure pour des loyers d'habitation quand on veut faire jouer la clause résolutoire du bail : il faut un commandement de payer délivré par commissaire de justice.

Combien coûte une mise en demeure ?

Envoyée par vos soins, elle coûte le prix du recommandé. Les frais engagés pour recouvrer amiablement votre créance restent en principe à votre charge, sauf entre professionnels avec l'indemnité forfaitaire.

OptionCoût indicatif au 15 octobre 2026Remarque
Lettre rédigée et envoyée vous-même en LRAR7,56 € (tarif de base)Suffit dans la grande majorité des cas
Modèle ProJuriste + LRAR2,90 € + 7,56 €Mentions vérifiées, adaptées à votre cas
Procédure simplifiée de recouvrement (créance inférieure à 5 000 €, hors factures entre commerçants)14,92 € TTC + 29,76 € TTC en cas d'accordMenée par un commissaire de justice, aboutit à un titre exécutoire si le débiteur accepte
Recouvrement d'une créance commerciale incontestée (entre commerçants)Frais à la charge du débiteurCommandement de payer par commissaire de justice ; sans paiement ni contestation sous un mois, titre exécutoire délivré par le greffe du tribunal de commerce
Lettre envoyée par un avocatHonoraires libresUtile pour une créance contestée ou élevée

Après la mise en demeure : paiement, silence ou contestation

Trois scénarios, trois réponses.

  • Le débiteur paie. Accusez réception par écrit et conservez la preuve. Si vous aviez réclamé des intérêts, vous pouvez y renoncer par geste commercial, mais dites-le.
  • Il propose d'étaler. Acceptez si l'échéancier est réaliste, mais formalisez-le dans une convention d'échelonnement de dette : signée, elle vaut reconnaissance de dette et interrompt la prescription. Le juge peut d'ailleurs lui-même accorder jusqu'à deux ans de délais (art. 1343-5 du Code civil).
  • Il ne répond pas. Passez à l'étape judiciaire. Pour une créance contractuelle d'un montant déterminé, la voie la plus simple est l'injonction de payer : une requête écrite, sans audience, gratuite devant le tribunal judiciaire. Tout est détaillé dans notre guide injonction de payer : procédure, formulaire et coût, et dans la méthode d'ensemble du recouvrement de créance étape par étape.

S'il conteste sérieusement la dette (prestation mal exécutée, montant discuté), l'injonction de payer reste possible mais le débiteur fera opposition. Pour un litige important ou complexe, un avocat ou un commissaire de justice peut vous accompagner.

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Questions fréquentes

Une mise en demeure doit-elle obligatoirement être envoyée en recommandé ?

Non. Le Code civil exige une « interpellation suffisante », pas un mode d'envoi. Une lettre simple ou un e-mail peuvent valoir mise en demeure s'ils contiennent une exigence claire de paiement. Le recommandé avec avis de réception reste fortement conseillé, car c'est vous qui devrez prouver l'envoi, le contenu et la date de réception si l'affaire va devant le juge.

Quel délai laisser au débiteur dans une mise en demeure de payer ?

Aucun délai légal minimum n'existe. En pratique, on accorde 8 jours pour une facture déjà relancée et 15 jours pour un particulier ou une première demande. Le délai court à compter de la réception de la lettre. Un délai trop court, comme 24 heures, n'annule pas la lettre mais peut paraître abusif au juge, surtout face à un consommateur.

Que se passe-t-il si le débiteur refuse le recommandé ?

Un pli « avisé et non réclamé » ou refusé n'empêche pas la mise en demeure de produire ses effets : la lettre a été présentée à l'adresse du débiteur, qui ne peut pas se prévaloir de sa propre abstention. Gardez l'enveloppe fermée avec sa mention postale et envoyez une copie par lettre simple ou par e-mail pour compléter la preuve.

La mise en demeure interrompt-elle la prescription ?

Non. Une lettre, même recommandée, ne suspend ni n'interrompt la prescription. Seules la reconnaissance de la dette par le débiteur (article 2240 du Code civil) et la demande en justice (article 2241) l'interrompent. Si votre créance approche de sa date de prescription, deux ans pour une facture à un particulier, cinq ans en général, agissez en justice sans attendre.

Peut-on réclamer des frais de recouvrement dans une mise en demeure ?

À un particulier, non : sans titre exécutoire, les frais de recouvrement amiable restent à la charge du créancier et toute clause contraire est réputée non écrite. Entre professionnels, en revanche, le débiteur en retard doit de plein droit une indemnité forfaitaire de 40 euros par facture, et davantage sur justification si vos frais réels ont été supérieurs.

Que faire si la mise en demeure reste sans réponse ?

À l'expiration du délai, vous pouvez saisir la justice. Pour une créance contractuelle d'un montant déterminé, l'injonction de payer est la voie la plus simple : une requête écrite, sans audience, gratuite devant le tribunal judiciaire. Pour une créance inférieure à 5 000 euros, la procédure simplifiée confiée à un commissaire de justice est une alternative si le débiteur accepte de payer, sauf entre commerçants : depuis le 25 avril 2026, une facture impayée entre commerçants relève d'une procédure dédiée, le recouvrement des créances commerciales incontestées, ouverte quel que soit le montant (CPCE, art. L126-1 et suivants).

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Sources officielles

Ce guide est une information générale à jour à la date indiquée. Il ne remplace pas l'avis d'un professionnel du droit sur une situation particulière.